Pour corriger une ou deux dents sur un émail sain, je commence par le composite. Pour un projet de plusieurs dents qui doit tenir dans le temps, je conseille la céramique. Entre les deux, c’est l’état de vos dents qui tranche.
Comparer des facettes composite vs céramique sur une liste d’avantages ne mène nulle part. Chaque matériau gagne sur une ligne et perd sur la suivante, et le lecteur repart sans réponse. Il existe des exceptions dans les deux sens, et ce sont elles qui méritent qu’on s’y arrête.
Deux matériaux, deux façons de travailler
La facette en composite est une restauration directe. La résine est modelée sur la dent, couche après couche, durcie à la lumière, puis polie. Tout se passe au fauteuil, en une séance pour quelques dents. Le résultat dépend de la main qui sculpte et du temps consacré au polissage.
La facette en céramique est une restauration indirecte. Elle est fabriquée au laboratoire à partir d’une empreinte, essayée en bouche, puis collée sur l’émail. Il faut prévoir plusieurs rendez-vous et un délai de fabrication. Une facette fine mesure de l’ordre de trois à cinq dixièmes de millimètre.
Au cabinet, ces deux gestes ne passent pas par les mêmes mains. Le composite se travaille au fauteuil. La céramique naît d’un travail à deux avec le céramiste d’Opal Atelier, le laboratoire de prothèse installé dans nos murs. Comme les deux circuits existent sous le même toit, le choix ne se fait jamais par commodité. Il se fait sur vos dents.
Ce que la littérature dit de leur durée
Les données sont plus solides pour la céramique, étudiée depuis plus longtemps et sur des suivis plus longs.
Une méta-analyse de treize études cliniques estime la survie des facettes céramiques à 89 % après un suivi médian de neuf ans (Morimoto et al., International Journal of Prosthodontics, 2016). Une cohorte de 499 facettes feldspathiques collées sur émail rapporte 96 % de survie à dix ans et 91 % à vingt ans (Layton et Walton, International Journal of Prosthodontics, 2012).
Pour le composite direct, une étude rétrospective portant sur 196 facettes rapporte une survie de 80,1 % après trois ans et demi de service en moyenne. Le taux d’échec annuel y atteint 4,9 % sur dent vivante et 9,8 % sur dent dévitalisée (Coelho-de-Souza et al., Journal of Dentistry, 2015).
Un essai randomisé a comparé les deux familles chez les mêmes patients pendant dix ans. Il portait sur du composite fabriqué au laboratoire, et non modelé en bouche. Après dix ans, 75 % des facettes composite étaient encore en place, contre 100 % des facettes céramiques (Gresnigt et al., Journal of Dentistry, 2019).
Ces chiffres décrivent des groupes de patients, pas votre bouche, et ne garantissent aucune durée individuelle. Ils disent pourtant une chose nette : sur dix ans, la céramique tient mieux, et le composite demande davantage d’entretien et de reprises. Le composite garde un atout que les courbes de survie ne mesurent pas. Il se répare au fauteuil, en ajoutant de la matière là où elle manque.
Le composite, quand il est le bon choix
Je le propose en premier quand la correction est limitée et que la dent est saine. Un bord ébréché. Un petit espace entre les deux incisives centrales. Une incisive latérale trop étroite, que l’on élargit de quelques dixièmes. Un angle usé par le temps.
Dans ces situations, le composite s’ajoute sans rien retirer de la dent, ou presque. Surtout, il laisse toutes les portes ouvertes. Si vous souhaitez aller plus loin dans quelques années, la céramique reste possible. L’inverse n’est pas vrai : une dent préparée pour recevoir une céramique ne revient pas à son état d’origine. Cette asymétrie pèse lourd dans mon raisonnement, en particulier chez un patient jeune.
Le composite a ses limites, et je préfère les poser avant. Sa surface perd du brillant avec les années et fixe les pigments du café, du thé ou du tabac. Une revue systématique des restaurations antérieures en composite relève que les échecs d’ordre esthétique (teinte, forme, coloration de surface) sont plus fréquents quand la restauration a été posée pour des raisons esthétiques (Demarco et al., Dental Materials, 2015).
Concrètement, une facette composite se repolit lors des contrôles et se reprend par endroits au fil du temps. C’est un matériau d’entretien, et il vaut mieux le savoir au moment de choisir que le découvrir au bout de trois ans.
La céramique, quand le projet doit durer
Je la conseille dès que le projet touche plusieurs dents, six ou huit dans un sourire large, et qu’il doit vieillir sans retouche. Je la conseille aussi pour reconstruire des bords usés qui guident les mouvements de la mâchoire, ou pour reprendre d’anciennes restaurations sur des dents voisines.
Ce que la céramique apporte, c’est la stabilité. Sa teinte ne bouge pas, son état de surface reste lisse, et la plaque dentaire s’y accroche moins. Sur huit dents, une translucidité régulière s’obtient plus sûrement quand chaque facette est construite au laboratoire, à partir du même projet, que lorsqu’elle est sculptée dent par dent au fauteuil.
Elle n’impose pas toujours de tailler. Quand la dent laisse la place, une céramique très fine se colle sans préparation, comme je l’explique dans l’article sur les facettes sans limer les dents. Quand la place manque, on prépare de quelques dixièmes, avec un objectif fixé d’avance : rester dans l’émail, là où le collage est le plus fiable.
Ses contreparties sont réelles. Il faut accepter plusieurs rendez-vous, un délai de fabrication et une réparation plus délicate en cas d’éclat. Un petit éclat se corrige parfois au composite, alors qu’une fracture impose de refaire la pièce.
Deux propositions que je ne fais pas
La première serait de poser de la céramique pour fermer un petit espace entre deux dents intactes. Quelques dixièmes de composite y suffisent, sans rien engager pour la suite.
La seconde serait de poser du composite pour « essayer » un projet de dix dents destiné à durer. Le mock-up sert précisément à cela, et il ne demande aucun collage. C’est une maquette en résine posée sur vos dents, avec laquelle vous parlez, souriez et vous voyez avant toute décision.
Les cas où la question est mal posée
Parfois, le débat entre composite et céramique n’est pas le bon. Je ne propose alors ni l’un ni l’autre tant que le problème de fond n’est pas réglé.
Des dents mal alignées. Couvrir une rotation de matière revient à épaissir des dents pour compenser leur position. J’aligne d’abord, avec des aligneurs, puis nous regardons ce qu’il reste à faire.
Une dent très foncée, souvent dévitalisée. Une couche fine, de composite comme de céramique, ne masque pas une dent grise. Il faut d’abord l’éclaircir de l’intérieur, ou prévoir une épaisseur suffisante. Sur dent dévitalisée, le taux d’échec annuel du composite double par rapport à une dent vivante, d’après l’étude citée plus haut.
Une gencive qui saigne, ou un bruxisme sans protection. On ne colle rien sur une gencive inflammée. Et sans gouttière de nuit, un patient qui serre ou grince des dents use le composite et fait éclater la céramique. Le matériau n’y change rien, c’est la protection qui décide.
Des facettes déjà posées qui posent problème. Une facette qui se décolle met rarement le matériau en cause. Le collage et l’occlusion le sont bien plus. Les facettes ratées relèvent de la même logique : on corrige la cause avant de choisir la matière de la reprise.
Comment le matériau se décide ici
Le choix du matériau vient en dernier, au terme d’un ordre que je ne modifie pas.
D’abord, des photographies réalisées au studio photo du cabinet, sous une lumière constante, et une empreinte numérique. Ensuite, un projet dessiné selon la méthode du Digital Smile Design, qui fixe la longueur des dents, la ligne du sourire et le rapport avec les lèvres. Puis le mock-up, qui transpose ce projet en bouche. C’est à ce stade que l’on voit combien de dents sont concernées, s’il faut ajouter ou préparer, et de combien.
Le matériau découle de ces réponses. Je me suis formé aux facettes à l’Institut de la facette, et cette démarche en suit l’ordre : le projet d’abord, la préparation et le matériau ensuite.
Le cas le plus délicat reste l’incisive centrale isolée, à restaurer à côté de sa voisine naturelle. L’œil compare les deux dents en permanence, et la moindre différence de translucidité se remarque. Le Dr Laura Di Donato, qui exerce au cabinet, a consacré une conférence à cette question précise : « La centrale unitaire : restaurer en composite stratifié ou céramique ? ».
Un cas de facettes traité au cabinet, photographié avant et après avec le même cadrage. Faites glisser la barre pour comparer.


Ce qui fait varier un devis
Comparer les deux matériaux dent par dent, le jour de la pose, fausse la comparaison. Elle ne prend sens que sur la durée : un composite se repolit et se reprend, une céramique se surveille.
Pour le composite, le devis dépend du nombre de dents et du temps passé au fauteuil, car la sculpture et le polissage ne se pressent pas. Pour la céramique, il dépend surtout du temps de laboratoire. Une céramique stratifiée à la main par le céramiste demande un travail que le descriptif ne montre pas.
Dans les deux cas, ce qui pèse le plus se situe avant les facettes. Un éclaircissement pour accorder la teinte des dents voisines, une stabilisation de la gencive, quelques mois d’aligneurs, une gouttière de nuit. Un projet présenté sans ces étapes, quand elles sont nécessaires, est un projet incomplet.
Je ne chiffre rien à distance, faute d’avoir vu vos dents. Le plan de traitement et le devis détaillé vous sont remis à l’issue de la consultation d’évaluation, avant tout engagement.
Composite ou céramique : vos questions
« Laquelle des deux paraît la plus naturelle ? »
Le jour de la pose, un composite bien stratifié et bien poli peut être très proche d’une céramique. La différence apparaît avec les années. La céramique garde son aspect, le composite perd une part de son brillant et demande des polissages pour le retrouver.
« Peut-on remplacer plus tard des facettes composite par de la céramique ? »
Oui, et c’est l’un des arguments du composite. Tant que la dent n’a pas été préparée, le passage à la céramique reste ouvert. Le chemin inverse est rarement pertinent.
« Une facette composite jaunit-elle ? »
Il peut se teinter avec les années, surtout en surface et d’autant plus qu’il a perdu son poli. Un polissage lors des contrôles lui rend une bonne partie de son aspect, ce que la céramique, stable, ne demande pas.
« Combien de rendez-vous pour chaque technique ? »
Pour le composite, une séance suffit pour quelques dents, parfois deux pour un projet plus étendu. Pour la céramique, il faut compter l’empreinte, l’essayage puis le collage, sans parler des étapes d’analyse et de mock-up communes aux deux.
« Le composite abîme-t-il moins les dents ? »
Sur une correction limitée, oui, puisqu’il s’ajoute sans préparation dans la plupart des cas. Mais une céramique additive bien indiquée préserve elle aussi l’émail. Ce qui abîme une dent, c’est moins le matériau qu’une préparation décidée sans projet validé.
À la consultation d’évaluation, nous regardons vos dents, votre gencive et la façon dont votre mâchoire bouge. Les photographies sont prises au studio du cabinet. Je vous dis ensuite quel matériau je propose pour vos facettes dentaires, et pourquoi, ou si une autre voie vous conviendrait mieux. Le cabinet est au 36 rue Tronchet, Paris 9ᵉ, entre la Madeleine et Haussmann.