Une dent sur pivot garde votre racine et la coiffe d’une couronne. Un implant remplace la racine par une vis en titane posée dans l’os. Ce n’est pas une affaire de préférence : c’est l’état de la racine qui décide.
Tant qu’une racine peut porter une couronne sans risque, je la garde, parce qu’une racine naturelle attachée à l’os par son ligament n’a pas d’équivalent fabriqué. Quand elle ne le peut plus, s’obstiner à la conserver revient à repousser une décision, et parfois à la rendre plus difficile à prendre.
Pivot, implant : ce que chaque mot désigne vraiment
« Pivot » est un mot ancien, que les patients emploient encore et que les dentistes n’utilisent presque plus. Il désigne une dent dévitalisée et très délabrée, dont on conserve la racine pour y ancrer un tenon. Ce tenon sert de fondation au moignon reconstruit, sur lequel on pose ensuite une couronne.
Le terme technique est reconstitution corono-radiculaire, et elle existe sous deux formes. L’inlay-core est une pièce coulée au laboratoire, d’un seul tenant, puis scellée dans la racine. Le tenon fibré, lui, est collé dans la racine, puis recouvert d’un composite modelé directement au fauteuil. Le choix entre les deux dépend de la quantité de dent restante et de la forme du canal.
Une condition précède tout le reste : la dent doit avoir été dévitalisée, et correctement. Un pivot posé sur un traitement de racine incomplet ne fait que recouvrir une infection qui continue d’évoluer en dessous.
L’implant part d’une autre situation : la dent est absente, ou sa racine n’est plus conservable. On l’extrait, puis on place dans l’os une vis en titane qui joue le rôle de racine. Une fois l’implant intégré à l’os, on y fixe un pilier, puis une couronne.
Les deux solutions se terminent donc par une couronne qui peut être identique à l’œil. Ce qui les sépare se trouve entièrement sous la gencive, là où le patient ne regarde jamais.
La seule question qui compte : que vaut votre racine ?
Je ne pars jamais de la couronne : je pars de ce qui reste sous la gencive. Quatre critères, bien établis dans la littérature, permettent d’en juger.
La hauteur de dent saine au-dessus de l’os. Une couronne doit s’appuyer sur un anneau de dentine saine qui fait tout le tour de la dent. C’est ce qu’on appelle l’effet de cerclage, ou ferrule. Une revue de la littérature retient une hauteur de 1,5 à 2 mm comme repère (Juloski et al., Journal of Endodontics, 2012). En dessous, la couronne tient, mais c’est le tenon qui encaisse les forces, et la racine qui finit par céder.
La longueur et l’épaisseur de la racine. Une racine courte, ou dont les parois ont été amincies par d’anciens soins, supporte mal l’ajout d’un tenon supplémentaire.
L’absence de fêlure. Une fêlure verticale de la racine ne se répare pas. L’Association américaine d’endodontie indique qu’elle conduit en règle générale à l’extraction de la dent (AAE, Cracking the Cracked Tooth Code, 2008).
L’os et la gencive autour. Une racine saine plantée dans un parodonte détruit ne portera pas une couronne bien longtemps.
Pour voir tout cela, la radiographie classique ne suffit pas toujours, parce qu’elle aplatit sur deux dimensions un volume qui en a trois. Le cabinet dispose d’un cone beam, une imagerie 3D qui montre la racine en coupe dans tous les plans. C’est l’examen utile quand le doute porte sur une fêlure ou sur le volume d’os. Le cabinet est aussi équipé d’un microscope, précieux lorsqu’un traitement de racine doit être repris avant toute reconstruction.
[📷 VISUEL · Une coupe de cone beam anonymisée affichée à l’écran du cabinet, racine visible dans les trois plans, cadrage sur l’écran et la main posée sur la souris. Aucune bouche.]
Les cas où je garde la dent
Quand la racine est longue, saine et bien traitée, et qu’il reste assez de dentine au-dessus de la gencive, je reconstruis. Une reconstitution, une couronne, et la dent continue de vivre avec son ligament.
Ce ligament n’est pas un détail, car il amortit les chocs de la mastication et renseigne en permanence votre cerveau sur la force avec laquelle vous mordez. Un implant, directement soudé à l’os, n’en possède pas. Il fonctionne très bien, mais il fonctionne autrement qu’une dent.
Il existe aussi des situations intermédiaires, où la racine est bonne mais où il manque un peu de hauteur au-dessus de la gencive. On peut alors dégager la dent par une petite chirurgie de la gencive et de l’os, l’élongation coronaire. On peut aussi faire remonter la racine par une traction orthodontique, avant de la reconstruire. Ces gestes ajoutent des semaines au traitement, mais ils évitent une extraction, et cet échange mérite d’être posé clairement avant de décider.
Les cas où le pivot ne fait que repousser l’échéance
C’est le passage le moins confortable de cet article, et sans doute le plus utile pour vous.
Sur une racine fêlée, trop courte ou réduite à une paroi fine, un pivot tient un temps, puis il se décolle ou la racine se fend sous lui. Ce jour-là, le problème a changé de nature, car une racine fracturée doit être extraite. L’infection qu’elle a pu entretenir a parfois déjà fait perdre de l’os, alors que l’os est précisément ce dont un implant a besoin.
Après une extraction, la crête osseuse perd du volume, et cette perte est la plus marquée dans les premiers mois (Schropp et al., International Journal of Periodontics and Restorative Dentistry, 2003). Une extraction décidée à temps, sur un site sain, se prépare : on peut préserver l’os au moment où la dent part, puis planifier l’implant dans de bonnes conditions. Une extraction subie, sur une racine qui a lâché, se fait dans des conditions moins favorables et demande parfois une greffe avant de poser quoi que ce soit.
C’est pourquoi je ne considère pas l’implant comme le choix le plus lourd par principe. Quand la racine est condamnée, l’implant devient la décision conservatrice, celle qui protège l’os pour la suite.
Quand l’implant s’impose, le protocole du cabinet est détaillé sur notre page implants dentaires : planification sur cone beam, chirurgie implantaire guidée, implants issus d’une technologie française et fabriqués en France.
Ce que chaque option engage dans le temps
Je ne donnerai pas ici de durée de vie chiffrée. Les chiffres qui circulent, pour les pivots comme pour les implants, mélangent des situations qui n’ont rien à voir entre elles, et aucun ne dit ce qui se passera dans votre bouche.
Ce que je peux décrire, en revanche, c’est ce que chaque option vous demandera au fil des années.
Une dent sur pivot reste une dent, qui peut encore se carier au bord de la couronne. Sa racine, affaiblie par la perte de substance, reste exposée au risque de fracture. Elle se surveille sur les radiographies de contrôle, comme toute dent dévitalisée.
Un implant ne se carie pas, mais la gencive et l’os qui l’entourent peuvent s’enflammer : c’est la péri-implantite. Le consensus international de 2017 sur les maladies parodontales et péri-implantaires la décrit comme une maladie qui peut progresser rapidement (Berglundh et al., Journal of Clinical Periodontology, 2018). L’implant ne dispense donc pas des contrôles, il les rend au contraire plus nécessaires.
Pour l’un comme pour l’autre, ce qui fait durer tient en peu de choses : une occlusion réglée avec précision, une hygiène sérieuse et un suivi régulier. Si vous serrez les dents la nuit, une gouttière entre dans le plan de traitement dès le départ.
Ce qui fait varier un devis
Je ne chiffre pas à distance, parce qu’une estimation donnée sans avoir vu la racine porterait sur une solution qui ne sera peut-être pas la bonne.
Du côté du pivot, le devis dépend de ce que la racine demande avant d’être reconstruite. Un traitement de racine à reprendre, une élongation coronaire ou une traction orthodontique changent le projet, tout comme le choix entre une pièce coulée et un tenon collé.
Du côté de l’implant, tout part du volume d’os disponible, qui décide s’il faut une greffe ou une élévation du plancher du sinus. Viennent ensuite la dent provisoire à porter pendant la cicatrisation, puis le nombre de séances nécessaires.
Dans les deux cas, la couronne passe par un laboratoire de prothèse. Celui d’Opal, Opal Atelier, est installé au sein du cabinet, ce qui permet d’ajuster la teinte et la forme sur place, à côté de vos dents voisines.
[📷 VISUEL · Les mains au travail à Opal Atelier sur une couronne céramique, pinceau et teintier posés sur le plan de travail, cadrage serré. Aucune bouche.]
Le devis est établi après le bilan et les examens complémentaires. Il détaille chaque acte, et il vous est remis avant tout engagement.
Les questions qui reviennent
« Mon pivot s’est décollé. Faut-il passer à l’implant ? »
Pas forcément. Si la racine est intacte, une nouvelle reconstitution reste envisageable, mais si elle est fêlée ou infectée sous l’ancien tenon, ce n’est plus le cas. Retirer un ancien tenon métallique n’est pas un geste anodin pour la racine, ce qui est une raison de plus pour faire l’imagerie avant de décider.
« Lequel des deux fait le plus mal ? »
Les deux se font sous anesthésie locale. Le pivot ne demande aucune chirurgie, alors que l’implant en demande une, dont les suites dépendent du volume d’os et d’une éventuelle greffe. Pour ceux qui redoutent le fauteuil, le cabinet propose la sédation consciente.
« Combien de temps puis-je rester avec une dent cassée sans couronne ? »
Le moins longtemps possible. Une dent dévitalisée, très délabrée et laissée sans protection, se fragilise à chaque repas. Le risque est qu’elle se fracture sous la gencive, et qu’une dent qui pouvait être gardée ne le puisse plus.
« Un implant, ce n’est pas mieux qu’une dent ? »
Non. Un implant remplace une dent perdue, il ne fait pas mieux qu’une dent saine. Extraire une racine conservable pour la remplacer par un implant revient à sacrifier ce qu’aucune prothèse ne reproduit.
Vous avez une dent très abîmée, deux avis qui ne disent pas la même chose, ou un pivot qui vient de lâcher ? La consultation sert à trancher. J’examine la dent, je propose l’imagerie lorsqu’elle est utile au diagnostic, et je vous dis ce que vaut la racine avant de vous parler de solution. Les radiographies, comptes rendus ou anciens devis dont vous disposez peuvent être étudiés avec vous. Le cabinet est au 36 rue Tronchet, Paris 9ᵉ, entre la Madeleine et Haussmann.