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Remplacer une dent : quand je ne propose pas l’implant

Miroir dentaire devant un modèle en plâtre
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Rédigé par le docteur Jean-Baptiste Varea

Expert en dentisterie esthétique et réhabilitation complexe, le Dr Jean-Baptiste Varea cultive l’excellence entre expertise genevoise et prestige parisien. Fondateur d'Opal Dental Studio, il fusionne haute technologie et art pour sublimer chaque sourire avec une précision micro-invasive. Une vision 360° dédiée à la santé durable et à l'esthétique sur mesure.

Il existe trois autres solutions que l'implant pour remplacer une dent, et une quatrième qu'on cite rarement : ne rien remplacer. Le Dr Varea explique ce qui fait pencher la décision, en commençant par l'état des dents voisines.

Oui, il existe une autre solution que l’implant, et même trois : le bridge, le bridge collé et la prothèse amovible. Il en existe une quatrième, qu’on cite rarement, qui consiste à ne rien remplacer. Ce qui décide entre elles, ce sont d’abord vos dents voisines.

L’implant est souvent la bonne réponse, et je le conseille dans bien des situations. Mais une dent manquante n’appelle pas un implant par réflexe. Le bridge et la prothèse amovible font partie des solutions que j’étudie au même titre, et le bridge mérite d’être défendu quand c’est lui qui épargne le plus votre bouche. Cet article part du moment où la dent est perdue, ou condamnée. Si vous hésitez encore à la garder, l’article dent sur pivot ou implant traite cette question en amont.

Ce que laisse une dent absente

Une dent ne disparaît pas seule. Les dents qui l’entouraient se mettent à bouger, lentement, sans douleur et sans que l’on s’en aperçoive.

Une équipe de Leeds a mesuré ces déplacements chez cent patients, après la perte d’une dent du fond. La dent d’en face, privée de contact, sort de son alvéole. Les dents voisines basculent vers l’espace vide et pivotent sur elles-mêmes (Craddock et al., Journal of Prosthodontics, 2007). Ces mouvements modifient la façon dont les dents se rencontrent, et ils compliquent tout remplacement décidé plus tard.

L’os change lui aussi. Après une extraction, la crête perd du volume, et cette perte est la plus marquée dans les premiers mois (Schropp et al., International Journal of Periodontics and Restorative Dentistry, 2003). C’est cet os qui portera un éventuel implant.

Rien de tout cela n’impose de décider dans l’urgence. Mais cela donne une raison de ne pas laisser la question en suspens pendant des années.

La première question : vos dents voisines sont-elles intactes ?

Avant de parler d’implant ou de bridge, je regarde les deux dents qui bordent l’espace. Leur état oriente la décision plus que tout autre critère.

Un bridge classique s’appuie sur ces deux dents. Pour les coiffer d’une couronne, il faut les tailler sur toute leur surface. Une étude en laboratoire a mesuré la quantité de dent retirée : de 63 à 72 % de la partie visible de la dent pour une couronne complète (Edelhoff et Sorensen, Journal of Prosthetic Dentistry, 2002). Cette perte est définitive.

J’ai consacré deux ans de master, à Genève, à la dentisterie esthétique micro-invasive. J’en ai gardé une règle simple : on ne sacrifie pas de l’émail sain quand une autre voie existe. Sur deux dents voisines intactes, tailler pour poser un bridge revient à abîmer deux dents pour en remplacer une. Dans ce cas, je ne propose pas le bridge classique.

La situation s’inverse quand ces dents sont déjà couronnées, très obturées ou fragilisées. Elles auront besoin d’une couronne de toute façon. Le bridge ne leur retire alors presque rien de plus, et il remplace la dent absente dans le même temps.

Le bridge, quand il reste la bonne réponse

Le bridge est une prothèse fixe d’un seul tenant. Deux couronnes coiffent les dents voisines, et une dent intermédiaire, le pontique, comble l’espace entre elles. Il ne demande aucune chirurgie, et il se réalise en quelques semaines.

C’est une solution ancienne, et c’est l’une des mieux documentées en prothèse. Une revue systématique de dix-neuf études estime à 89,1 % la survie des bridges classiques après dix ans. Elle chiffre aussi les complications : 2,6 % des bridges perdus à dix ans à cause d’une carie sur une dent support, et 6,4 % de descellements (Tan et al., Clinical Oral Implants Research, 2004).

Je propose un bridge dans trois cas de figure. Les dents voisines doivent déjà être couronnées. Une chirurgie peut être déconseillée par votre état de santé ou par un traitement en cours. Enfin, vous pouvez préférer une solution fixe sans intervention, en connaissant le compromis.

Ce compromis tient en deux points. Sous le pontique, aucune racine ne sollicite plus l’os, qui continue de se remodeler. Et le nettoyage demande un geste de plus, avec un fil ou une brossette passés sous la dent intermédiaire. Un bridge mal entretenu se perd par ses dents supports, pas par sa céramique.

Le bridge collé, pour une incisive

Il existe une version plus économe en dent, le bridge collé. La dent de remplacement porte une ailette fine, collée sur la face interne d’une seule dent voisine. La préparation reste limitée à l’émail, sans couronne.

Cette solution a fait ses preuves sur les incisives. Une équipe de Kiel a suivi 108 bridges collés en zircone, à une seule ailette, pour remplacer des incisives manquantes. Elle rapporte une survie de 98,2 % à dix ans. Les quelques décollements observés ont été recollés sans autre complication (Kern et al., Journal of Dentistry, 2017).

Le bridge collé convient bien aux personnes jeunes, à qui il manque une incisive de naissance ou après un choc. Il permet aussi d’attendre la fin de la croissance des mâchoires, avant laquelle on ne pose pas d’implant. Je ne le propose pas sur les dents du fond, où les forces de mastication sont plus fortes et les données moins solides. Ni à une personne qui serre fortement les dents sans gouttière de protection.

L’ailette et la dent de remplacement sont fabriquées au laboratoire de prothèse, d’après une empreinte. La teinte se choisit à côté de la dent voisine qu’elle devra prolonger, pour que le remplacement ne se remarque pas.

La prothèse amovible, transition ou solution durable

La prothèse amovible se retire pour le nettoyage. Elle s’appuie sur la gencive et sur les dents restantes, par des crochets ou par des attaches plus discrètes. Elle remplace une ou plusieurs dents sans chirurgie et sans tailler.

Je la propose d’abord comme une étape. Elle sert pendant la cicatrisation d’une extraction, un traitement des gencives ou l’intégration d’un implant. Elle évite de vivre ces mois avec un espace vide sur une dent visible.

Elle peut aussi devenir une solution durable, quand plusieurs dents manquent et que d’autres options ne sont pas envisageables. Elle demande alors de l’entretien et des contrôles réguliers, car la gencive et l’os qui la portent évoluent avec les années. Les modèles sans crochet métallique visible font l’objet d’un article à part : la prothèse sans crochet.

Ce que je ne fais pas, c’est présenter une prothèse amovible comme l’équivalent d’une dent fixe. Elle bouge un peu, elle se retire chaque soir, et elle demande un temps d’adaptation. Mieux vaut le savoir avant.

Ne rien remplacer, une réponse qu’on donne rarement

Toutes les dents manquantes ne doivent pas être remplacées. La question se pose surtout pour la dernière molaire d’une arcade.

Le concept d’arcade dentaire raccourcie a été décrit au début des années 1980 : une étude menée sur 118 personnes a montré que la fonction restait satisfaisante tant que les prémolaires se rencontraient encore, deux paires de chaque côté (Käyser, Journal of Oral Rehabilitation, 1981). L’auteur parle de quatre unités occlusales, de préférence réparties de façon symétrique.

Concrètement, une dernière molaire absente, sans dent en face qui risque de descendre, peut parfois rester non remplacée. Je le dis quand c’est le cas. Une solution qu’on ne pose pas ne s’use pas, ne se surveille pas, et ne se remplace pas dans quinze ans.

Cette option suppose une condition : surveiller l’espace aux contrôles. Si la dent d’en face commence à bouger, la décision se reprend.

Quand l’implant reste ce que je conseille

L’implant garde un avantage que les autres solutions n’ont pas. Il remplace la dent sans toucher aux dents voisines. Sur une dent unique bordée de deux dents saines, c’est la raison pour laquelle je le conseille.

La littérature est solide. Une revue systématique de quarante-six études estime la survie des implants unitaires à 95,2 % après dix ans, et celle des couronnes qu’ils portent à 89,4 %. Elle relève aussi des complications fréquentes, techniques et biologiques, qui justifient un suivi régulier (Jung et al., Clinical Oral Implants Research, 2012).

Un implant demande un os suffisant et des gencives saines. Au cabinet, aucun implant n’est posé tant que la parodontie n’est pas stabilisée. Le volume d’os se mesure au cone beam, une imagerie en trois dimensions réalisée sur place. La pose se fait en chirurgie implantaire guidée, avec des implants issus d’une technologie française et fabriqués en France. Le protocole complet est décrit sur notre page implants dentaires. Le calendrier, rendez-vous par rendez-vous, fait l’objet de l’article sur le déroulement d’un implant.

Ce qui fait varier un devis

Je ne compare pas les solutions sur leur coût à distance. Une estimation donnée sans avoir vu les dents voisines porterait peut-être sur la mauvaise solution.

Pour un bridge, le devis dépend du nombre d’éléments, du matériau et de ce que les dents supports demandent avant d’être couronnées. Pour un bridge collé, il dépend surtout du temps de laboratoire. Pour une prothèse amovible, du nombre de dents remplacées et du type d’attache.

Pour un implant, tout part de l’os disponible et de l’état des gencives. Une greffe, une élévation du sinus ou une dent provisoire fixe modifient le plan.

Il faut aussi regarder au-delà du jour de la pose : chaque solution engage un suivi différent, des dents supports pour le bridge, de l’os et de la gencive pour l’implant. Le plan de traitement et le devis détaillé vous sont remis après l’examen, avant tout engagement.

Implant, bridge ou prothèse : vos questions

« Bridge ou implant, lequel dure le plus longtemps ? »
Les chiffres publiés à dix ans sont proches : 89,1 % pour les bridges classiques, 89,4 % pour les couronnes sur implant. Les études ne portent pas sur les mêmes patients, et aucune ne dit ce qui se passera dans votre bouche. Ce qui fait durer l’un comme l’autre, c’est l’état des tissus autour, une occlusion bien réglée et des contrôles réguliers.

« Peut-on passer d’un bridge à un implant plus tard ? »
Oui, si l’os sous le pontique le permet encore. Comme il se remodèle avec les années, le passage peut demander une reconstruction osseuse. Les dents supports, elles, resteront taillées.

« Je n’ai pas assez d’os. L’implant est-il exclu ? »
Rarement. Le volume se reconstruit dans bien des cas, avec une étape et un délai supplémentaires. C’est le cone beam qui permet de le dire, pas la radiographie panoramique seule.

« Combien de temps puis-je attendre avant de remplacer une dent ? »
Il n’y a pas de délai fixe. Les dents voisines bougent et l’os se modifie surtout dans les premiers mois. Attendre n’est pas une faute, mais c’est un choix qui mérite d’être fait en connaissance de cause.

« Une prothèse amovible pour une seule dent, c’est raisonnable ? »
Comme solution d’attente, oui. Comme solution définitive pour une dent unique, ce n’est pas ce que je conseille quand une solution fixe est possible.

Vous avez perdu une dent, ou l’on vous a annoncé une extraction, et l’on vous a parlé d’implant sans évoquer d’autre option ? La consultation sert à les poser toutes. J’examine les dents voisines, les gencives et l’occlusion, je propose l’imagerie 3D quand elle est utile, et je vous dis quelle solution je conseille, ou pourquoi je n’en conseille aucune. Les radiographies et devis dont vous disposez peuvent être étudiés avec vous. Le cabinet est au 36 rue Tronchet, Paris 9ᵉ, entre la Madeleine et Haussmann.

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Sources

  • Craddock HL, Youngson CC, Manogue M, Blance A. Occlusal changes following posterior tooth loss in adults, Parts 1 and 2. Journal of Prosthodontics, 2007;16(6):485-494 et 495-501.
  • Schropp L, Wenzel A, Kostopoulos L, Karring T. Bone healing and soft tissue contour changes following single-tooth extraction. International Journal of Periodontics and Restorative Dentistry, 2003;23(4):313-323.
  • Edelhoff D, Sorensen JA. Tooth structure removal associated with various preparation designs for anterior teeth. Journal of Prosthetic Dentistry, 2002;87(5):503-509.
  • Tan K, Pjetursson BE, Lang NP, Chan ES. A systematic review of the survival and complication rates of fixed partial dentures after an observation period of at least 5 years. Clinical Oral Implants Research, 2004;15(6):654-666.
  • Kern M, Passia N, Sasse M, Yazigi C. Ten-year outcome of zirconia ceramic cantilever resin-bonded fixed dental prostheses. Journal of Dentistry, 2017;65:51-55.
  • Käyser AF. Shortened dental arches and oral function. Journal of Oral Rehabilitation, 1981;8(5):457-462.
  • Jung RE, Zembic A, Pjetursson BE, Zwahlen M, Thoma DS. Systematic review of the survival rate and the incidence of complications of single crowns on implants. Clinical Oral Implants Research, 2012;23 Suppl 6:2-21.

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