Respirer par le nez est le mode respiratoire physiologique : l’air y est filtré, humidifié et réchauffé. Lorsque la respiration se fait surtout par la bouche, de jour ou la nuit, on parle de respiration buccale. Occasionnelle pendant un rhume, elle peut devenir chronique en cas d’obstruction nasale ou d’habitudes orales persistantes. Cette situation concerne l’enfant en croissance mais aussi l’adolescent et l’adulte, avec des répercussions possibles sur le sourire, la posture de la langue, l’alignement des dents et l’hygiène bucco-dentaire.
L’objectif de cet article est d’expliquer, de manière pédagogique, comment repérer la respiration buccale, en comprendre les mécanismes et présenter les voies de prise en charge courantes en orthodontie, toujours dans un cadre pluridisciplinaire avec l’ORL et, si besoin, l’orthophoniste.

Qu’est-ce que la respiration buccale ?
La respiration buccale désigne un mode ventilatoire prédominant par la bouche au repos et/ou durant le sommeil. Elle peut être transitoire (épisode infectieux) ou s’installer dans le temps. La langue adopte alors plus souvent une position basse, les lèvres ont tendance à rester entrouvertes, et l’air non filtré assèche les muqueuses.
Sur le plan bucco-dentaire, ce contexte peut modifier l’équilibre des forces musculaires (lèvres, joues, langue) qui participent à la stabilité des arcades et à la croissance harmonieuse des mâchoires chez l’enfant.
Indications et bénéfices d’une prise en charge
Prendre en charge la respiration buccale vise à restaurer une respiration nasale fonctionnelle quand cela est possible, à améliorer le confort et à préserver l’équilibre dentaire. Les bénéfices attendus diffèrent selon l’âge et le contexte.
Chez l’enfant en croissance
- Favoriser une posture linguale plus haute contre le palais, favorable à un développement transversal harmonieux de la mâchoire supérieure.
- Limiter le risque d’encombrement dentaire et certaines malocclusions (ex. palais étroit, béance antérieure) quand un déficit transversal est identifié.
- Réduire les habitudes orales délétères associées (succion digitale prolongée, interposition linguale) grâce à un accompagnement éducatif et, si nécessaire, une rééducation oro-faciale.
Chez l’adolescent et l’adulte
- Améliorer le confort buccal (sécheresse, lèvres gercées, haleine) par des mesures d’hygiène et d’hydratation adaptées, et par le traitement des causes nasales lorsqu’elles existent.
- Stabiliser un traitement orthodontique en travaillant les fonctions (respiration nasale, déglutition, scellement labial) qui participent au maintien du résultat.
Hygiène bucco-dentaire et santé des gencives
La respiration buccale expose à une sécheresse des muqueuses et peut favoriser l’accumulation de plaque autour des collets, d’où l’importance d’un protocole d’hygiène rigoureux (brossage biquotidien, fluor, nettoyage interdentaire). Pour des conseils pratiques, voir notre page Protocole d’hygiène dentaire.
Sommeil et qualité de vie
Chez certains enfants, la respiration buccale s’inscrit dans un contexte d’obstruction naso‑pharyngée (végétations, amygdales volumineuses) pouvant s’accompagner de ronflements ou d’un sommeil agité. Un avis ORL permet d’évaluer la perméabilité des voies aériennes et d’orienter la prise en charge si nécessaire.
Déroulement du traitement
Il s’agit le plus souvent d’un parcours pluridisciplinaire, où chaque étape a un objectif précis. La stratégie est individualisée après bilan.
1) Bilan initial : identifier la cause et préciser les fonctions
- Entretien et examen clinique : mode respiratoire au repos, posture de la langue, fermeture labiale, habitudes orales, respiration nocturne rapportée par les parents, antécédents ORL/allergiques.
- Analyse dentaire et occlusale : largeur du palais, encombrement, béance, décalages entre mâchoires.
- Imagerie si indiqué : radiographie panoramique, téléradiographie de profil, éventuellement examen 3D selon les besoins. Pour en savoir plus sur l’imagerie au cabinet : Radiographie panoramique.
2) Avis ORL et prise en charge des causes nasales
Lorsque des obstacles mécaniques (végétations adénoïdes, amygdales hypertrophiques, déviation de cloison, rhinite chronique/allergique) sont suspectés, un ORL évalue la situation. Un traitement médical (lavages, prise en charge allergique) peut suffire ; plus rarement, une chirurgie ORL est proposée selon des critères spécifiques. L’objectif est de rétablir une respiration nasale possible avant ou en parallèle d’un traitement orthodontique.
3) Orthodontie interceptive et expansion palatine (enfant)
Chez l’enfant présentant un déficit transversal du maxillaire (palais étroit), un appareil d’expansion (ex. disjoncteur palatin, plaque d’expansion) peut être proposé pour élargir progressivement la mâchoire supérieure. En pratique :
- Période d’activation courte (quelques semaines) suivie d’une phase de contention pour stabiliser.
- Durée globale souvent de 6 à 9 mois (expansion + stabilisation), variable selon l’âge et le dispositif.
- L’expansion vise d’abord à corriger la morphologie (largeur du palais). Des améliorations respiratoires sont possibles lorsque l’étroitesse palatine participait à la gêne nasale, mais elles ne sont ni systématiques ni l’objectif unique du traitement.
4) Appareils multiattaches ou aligneurs (adolescent/adulte)
Chez les patients plus âgés, l’alignement dentaire et certaines expansions modérées dento‑alvéolaires peuvent être réalisés avec bagues ou aligneurs. Lorsque la mâchoire supérieure est très étroite chez l’adulte, une expansion assistée chirurgicalement peut être discutée en collaboration avec la chirurgie maxillo‑faciale.
Pour les traitements par gouttières, découvrez notre page Utilisation des aligneurs dentaires, ainsi que notre rubrique Orthodontie.

5) Rééducation oro‑faciale (orthophonie/kinésithérapie maxillo‑faciale)
Cette approche comporte des exercices guidés pour améliorer le scellement des lèvres, la posture de la langue au palais et la coordination respiration‑déglutition. Elle s’envisage en complément des soins orthodontiques et/ou ORL, avec des objectifs réalistes : réhabituer aux fonctions physiologiques et aider à stabiliser les résultats dentaires dans le temps. La régularité des exercices conditionne l’efficacité.
6) Suivi, hygiène et contention
- Rencontres régulières pour contrôler l’évolution des fonctions (respiration, scellement labial) et la stabilité des dents.
- Contention en fin de traitement orthodontique pour préserver l’alignement (fils collés, gouttières nocturnes), selon la stratégie définie avec le praticien.
- Renforcement des mesures d’hygiène pour limiter l’impact de la sécheresse buccale.
Contre-indications et précautions
- Un traitement orthodontique n’est pas indiqué si la cause obstructive n’est pas explorée. Une respiration nasale impossible (sans traitement de la cause) limite les bénéfices et la stabilité.
- L’expansion palatine concerne surtout les enfants présentant un déficit transversal objectivé ; chez l’adulte, elle peut nécessiter une assistance chirurgicale.
- La réussite suppose une hygiène bucco‑dentaire satisfaisante et la gestion des caries/gingivites avant tout appareillage.
- Les habitudes orales (succion, interposition linguale) doivent être prises en charge, faute de quoi la récidive est plus probable.
- La rééducation oro‑faciale est un complément utile mais ne remplace pas le traitement d’une obstruction nasale, ni un traitement orthodontique quand il est indiqué.
Prix et prise en charge (région parisienne, estimations)
Les honoraires en orthodontie sont libres. Ils varient selon la complexité, la durée et la technique utilisée. À titre indicatif à Paris :
- Semestre de traitement actif (enfant/adolescent) : environ 600 à 1 200 € par semestre, parfois davantage selon les techniques esthétiques ou spécifiques.
- Semestre chez l’adulte : environ 700 à 1 500 € (ou forfaits globaux), avec des variations plus larges pour les techniques linguales ou les aligneurs.
- Contention : le plus souvent 350 à 500 € pour la 1re année (tarifs variables selon le dispositif).
Prise en charge par l’Assurance Maladie :
- Enfant de moins de 16 ans : remboursement après accord préalable, dans la limite de 6 semestres. La base de remboursement par semestre est de 193,50 € (taux 100 %). Deux séances de surveillance par semestre (base 10,75 €, taux 60 %) peuvent compléter. La contention est prise en charge la 1re année (base 161,25 €, taux 100 %) et la 2e année (base 107,50 €, taux 60 %).
- À partir de 16 ans : pas de prise en charge, sauf un semestre en préparation d’une chirurgie orthognathique (après accord préalable).
La différence entre les honoraires et la part remboursée peut être couverte en partie par une complémentaire santé selon le contrat. Un devis écrit détaillant les actes, honoraires, bases de remboursement et suppléments est systématiquement remis avant tout traitement.
En résumé
- La respiration buccale est un signe d’alerte fonctionnel ; elle justifie une évaluation clinique globale (dentaire et ORL).
- La stratégie de soin est pluridisciplinaire : traitement de la cause nasale quand elle existe, orthodontie interceptive si un déficit transversal est objectivé, exercices de rééducation pour réinstaller des fonctions stables, hygiène renforcée.
- Les résultats dépendent des causes, de l’âge et de l’adhésion aux conseils ; une information claire et un suivi régulier sont essentiels.
Opal Dental Studio, situé à Paris 9ème, propose l’évaluation et la prise en charge orthodontique des situations impliquant une respiration buccale chez l’adulte, en lien avec les autres professionnels de santé si nécessaire. N’hésitez pas à prendre rendez‑vous pour une consultation d’évaluation.
Questions fréquentes
Comment reconnaître la respiration buccale chez mon enfant ?
Des signes simples peuvent alerter : bouche souvent entrouverte au repos, lèvres sèches, ronflements, sommeil agité, difficultés de concentration, posture de tête en extension, palais étroit ou dents qui manquent de place. Un examen clinique permet d’objectiver le mode respiratoire et d’évaluer les arcades.
La respiration buccale disparaît‑elle en grandissant ?
Elle peut s’atténuer si la cause (ex. obstacle nasal) est traitée et si les fonctions oro‑faciales sont ré‑entraînées. À l’inverse, si elle persiste, elle peut s’accompagner de déséquilibres dentaires nécessitant une prise en charge. Un dépistage précoce facilite les interventions interceptives chez l’enfant.
L’expansion palatine améliore‑t‑elle la respiration ?
L’expansion corrige en priorité un palais trop étroit. Selon les cas, des améliorations respiratoires sont observées, surtout si l’étroitesse palatine participait à la gêne nasale. Toutefois, l’expansion n’a pas pour vocation de traiter, à elle seule, une pathologie respiratoire ; l’évaluation ORL reste essentielle, et les résultats varient selon les patients.
Les aligneurs peuvent‑ils « élargir » le palais ?
Les aligneurs permettent des expansions dento‑alvéolaires modérées chez l’adolescent et l’adulte lorsque cela est indiqué. En cas de déficit transversal marqué, la correction squelettique peut nécessiter un autre dispositif, voire une assistance chirurgicale chez l’adulte. Le choix se fait au cas par cas après bilan.
À quoi servent les exercices de rééducation oro‑faciale ?
Ils visent à réhabituer la respiration nasale, le scellement labial et la posture linguale, et à accompagner la stabilité orthodontique. Ils ne remplacent pas le traitement d’une obstruction nasale, ni un appareillage nécessaire ; ils s’y associent.
Quels sont les risques si on ne traite pas ?
Outre l’inconfort (sécheresse, haleine), la respiration buccale peut s’accompagner d’un déséquilibre des forces (langue/lèvres) et d’un palais étroit chez certains enfants ; cela peut majorer un encombrement dentaire ou une béance. Au niveau des gencives, une hygiène difficile et l’assèchement peuvent favoriser une inflammation. Une évaluation précoce permet d’adapter la prise en charge.